Imprimé le lundi 11 novembre 2019
Revue des Maladies Respiratoires
Volume 27, numéro 9
pages 1069-1076 (novembre 2010)
Doi : 10.1016/j.rmr.2010.09.011
Reçu le : 14 juillet 2009 ;  accepté le : 31 décembre 2009
Imagerie des lymphomes pulmonaires primitifs
Imaging features of primary pulmonary lymphomas



I. Ridene a, , I. Radhouani a, A. Ayadi b, A. Zidi a, S. Hantous-Zannad a, I. Baccouche a, F. Elmezni b, K.B. Miled-M’Rad a
a Service d’imagerie médicale, hôpital Abderrahmen Mami, 2080 Ariana ,Tunisie 
b Service d’anatomopathologie, hôpital Abderrahmen Mami, 2080 Ariana, Tunisie 

Auteur correspondant.
Résumé
Introduction

Les lymphomes pulmonaires primitifs (LPP) sont des tumeurs rares, dont les aspects radiologiques sont souvent peu connus.

Méthodes

Afin d’illustrer les différentes présentations radiologiques des LPP, nous rapportons une série rétrospective de neuf cas de LPP colligés dans notre service sur une période de quatre ans, six LPP type MALT, deux LPP-B diffus à grandes cellules et un cas de granulomatose lymphomatoïde. Le diagnostic a été confirmé histologiquement, soit par une biopsie bronchique, soit par une biopsie pulmonaire chirurgicale.

Résultats

En TDM, le LPP type MALT se présentait sous la forme soit d’une ou plusieurs condensations (quatre patients sur six) évoluant sur un mode chronique dans deux cas, soit de nodules pulmonaires associés à des condensations ou à des masses, soit enfin d’un aspect de « verre dépoli » diffus. Dans le LPP-B diffus à grandes cellules, l’aspect tomodensitométrique était celui d’une ou plusieurs masses avec envahissement locorégional, simulant un carcinome bronchopulmonaire primitif. Dans le cas de la granulomatose lymphomatoïde, la présentation TDM était celle d’une pneumopathie infiltrante diffuse fibrosante.

Conclusion

Les aspects radiologiques des LPP sont très polymorphes. C’est le LPP type MALT qui pose le plus de problème diagnostique en raison d’une présentation radiologique faussement rassurante.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.
Summary
Introduction

Primitive pulmonary lymphomas (PPL) are rare tumors, often misdiagnosed by radiologists.

Methods

In order to illustrate the various radiological presentations of PPL, we report a retrospective series of nine cases of PPL collected in our service over a period of four years. A mucosa-associated lymphoid tissue (MALT) lymphoma was found in six patients, a diffuse large B-cell lymphoma in two patients and lymphomatoid granulomatosis in one patient. All diagnoses were proven histologically by bronchial or surgical biopsies.

Results

Among the six cases of MALT lymphoma, computed tomography (CT) demonstrated one or more areas of alveolar consolidation in four patients, progressing with a chronic course over 2years in two patients. Other CT features were nodular opacities associated with a mass or consolidation and diffuse “ground glass” opacities. In the two cases of diffuse large B-cell lymphoma, CT showed one or more masses spreading locally, mimicking primary bronchial carcinoma. In lymphomatoid granulomatosis the CT showed diffuse interstitial disease with fibrosis.

Conclusion

The imaging features of PPL are very polymorphic. The diagnosis of MALT lymphoma is often difficult because its radiological appearance is often falsely reassuring.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Lymphome pulmonaire primitif, Tomodensitométrie thoracique, Tissu lymphoïde associé aux muqueuses (MALT)

Keywords : Primary pulmonary lymphoma, Computed tomography, Mucosa-associated lymphoid tissue (MALT)


Introduction

Les lymphomes pulmonaires primitifs (LPP) ne représentent que 3 à 4 % des lymphomes malins non hodgkiniens extraganglionnaires et moins de 1 % de toutes les tumeurs malignes du poumon. Ils se subdivisent en LPP à petites cellules B de bas grade de malignité se développant presqu’exclusivement au dépens du tissu lymphoïde associé aux muqueuses bronchiques (MALT), en LPP-B diffus à grandes cellules (LPP-BGC) de haut grade de malignité et en granulomatose lymphomatoïde (GL) [1, 2, 3, 4]. L’imagerie en coupes et particulièrement la tomodensitométrie (TDM) est indispensable pour éliminer une localisation lymphomateuse extra-thoracique, notamment abdominale, pour apprécier la réponse thérapeutique et pour dépister les récidives [1]. Le diagnostic de LPP est difficile à évoquer sur les seules données de l’imagerie. De plus, certaines formes comme le LPP type MALT et la GL sont de diagnostic histologique également difficile sur des biopsies bronchiques en raison de l’absence d’anomalie endobronchique, d’où le rôle prépondérant de la TDM qui doit faire évoquer le diagnostic et inciter à réaliser une biopsie pulmonaire chirurgicale. Notre étude a pour objectif d’en rapporter les aspects radiologiques, notamment tomodensitométriques, à travers une série de neuf cas de LPP, et d’identifier certaines caractéristiques radiologiques qui leurs sont propres.

Matériels et méthodes

Parmi 812 cas de tumeurs malignes primitives bronchopulmonaires colligés dans nôtre institution entre 2004 et 2008, neuf cas de LPP ont été recensés. Le diagnostic de LPP a été retenu après confirmation histologique et après avoir vérifié l’absence d’atteinte lymphomateuse extrapulmonaire au moment du diagnostic et dans les trois mois qui ont suivi. Les caractéristiques cliniques figurent dans le Tableau 1. L’âge moyen de nos patients était de 59 ans avec des extrêmes de 37 et 72 ans. Une nette prédominance féminine a été notée avec sept femmes pour deux hommes. Nos patients n’avaient pas d’antécédents pathologiques particuliers. Le motif de consultation le plus fréquent était une altération de l’état général avec asthénie et perte de poids (n =5). Deux patients étaient asymptomatiques. Tous nos patients ont bénéficié d’une fibroscopie bronchique qui a objectivé macroscopiquement une infiltration de la muqueuse bronchique dans cinq cas (trois LPP type MALT, un LPP-BGC et un GL), un aspect de compression extrinsèque d’une bronche dans un cas de LPP-BGC. Elle était normale dans trois cas de LPP type MALT avec des biopsies bronchiques négatives.

La preuve histologique a été apportée par une biopsie bronchique chez cinq patients (deux LPP-BGC et trois LPP type MALT) et une biopsie pulmonaire chirurgicale chez les quatre autres (trois LPP type MALT et un GL). Le diagnostic de LPP a été porté sur des critères histologiques validés par une étude immunohistochimique utilisant un panel d’anticorps.

Tous nos patients ont eu un bilan immunologique complet comportant une électrophorèse et une immunoélectrophorèse des protides sériques et un dosage des anticorps antinucléaires. Un syndrome de Gougerot-Sjögren primitif a été diagnostiqué chez une patiente présentant un LPP type MALT. Les critères diagnostiques retenus étaient l’association de symptômes buccaux à type de sécheresse buccale persistante, une sialadénite chronique stade IV à la biopsie labiale, un test de Schirmer pathologique avec kératite à l’examen ophtalmologique et la présence d’auto-anticorps sériques anti-SSA.

Tous nos patients ont bénéficié d’une radiographie thoracique et d’une TDM thoraco-abdomino-pelvienne avec injection intraveineuse de produit de contraste (PDC). Nous avons relevé et analysé les anomalies parenchymateuses pulmonaires, les signes associés pleuropariétaux, l’atteinte ganglionnaire médiastinale et un éventuel envahissement médiastinal.

Résultats

La radiographie du thorax a montré un syndrome alvéolaire (n =3) dans trois cas de LPP type MALT, une masse pulmonaire (n =4) dans deux cas de LPP de type MALT et deux cas de LPP-BGC, un syndrome nodulaire bilatéral (n =2) en rapport avec un LPP type MALT, et un syndrome interstitiel réticulaire dans un cas de GL.

La TDM a objectivé (Tableau 2) dans quatre cas de LPP type MALT, une condensation unique dans deux cas (observations cinq et six) et des condensations multiples dans deux cas (observations un et trois). Chez deux d’entre eux, les condensations évoluaient sur le mode chronique depuis deux ans avec un aspect stable en TDM. Les condensations parenchymateuses étaient bronchocentrées et parcourues par un bronchogramme aérique. Dans un cas, elles étaient également le siège d’un vasculogramme. Ces condensations étaient à bords convexes dans trois cas sur quatre (Figure 1 a et b). Il s’y associait des distorsions bronchiques et scissurales dans deux cas.



Figure 1


Figure 1. 

a : TDM thoracique en fenêtre parenchymateuse en novembre 2004 : condensation parenchymateuse lingulaire à bords convexes siège d’un bronchogramme aérique. Il s’y associe une discrète infiltration micronodulaire périlymphatique (flèches) ; b :même patient, TDM octobre 2006 : condensation parenchymateuse lingulaire stable. Lymphome pulmonaire primitif type MALT (observationno 5).

Zoom

Une masse pulmonaire proximale unique ou multiple (Figure 2) avec envahissement locorégional a été notée dans trois cas, un LPP type MALT et deux LPP-BGC (observations quatre, sept et huit). Des nodules (Figure 3) et/ou micronodules (Figure 4) ont été retrouvés dans cinq cas, quatre LPP type MALT et un LPP-BGC (observations deux, trois, cinq, six et huit). Des plages diffuses en « verre dépoli » étaient constatées dans deux cas (observations six et neuf), un LPP type MALT et une GL.



Figure 2


Figure 2. 

TDM thoracique avec injection de PDC en fenêtre médiastinale : masse proximale trilobaire droite (étoile) avec nodule satellite (flèche). Lymphome pulmonaire primitif à grandes cellules de haut grade de malignité (observationno 8).

Zoom



Figure 3


Figure 3. 

TDM thoracique en fenêtre parenchymateuse : nodule excavé postérobasal gauche (flèche). Lymphome pulmonaire primitif type MALT (observationno 5).

Zoom



Figure 4


Figure 4. 

TDM thoracique en fenêtre parenchymateuse : Micronodules sous-pleuraux et péri-bronchovasculaires (flèches pleines) avec bronchiolectasies distales (flèche creuse). Lymphome pulmonaire primitif type MALT (observationno 2).

Zoom

Un épanchement pleural associé à l’atteinte parenchymateuse était observé chez quatre patients, avec à un épaississement nodulaire des feuillets pleuraux dans un cas de LPP-BGC.

Discussion

Les lymphomes malins non hodgkiniens (LNH) extraganglionnaires représentent 24 à 50 % de l’ensemble des LNH et leur site de prédilection est le tube digestif. Les LPP sont rares, ils représentent dans notre série 1,1 % des tumeurs bronchopulmonaires malignes primitives comme généralement rapporté [2, 3].

Le LPP est défini par une prolifération lymphoïde clonale, atteignant un ou les deux poumons (parenchyme et/ou bronches), sans atteinte extrapulmonaire mise en évidence au moment du diagnostic et dans les trois mois qui suivent [2]. Les lymphomes avec adénopathies hilaires ou médiastinales sont considérés comme LPP si la grande partie de la masse tumorale est intrapulmonaire. Cette définition englobe également les LNH multifocaux si la distribution est celle du MALT et les atteintes multiviscérales de la GL [2].

On distingue au sein des LPP trois types histologiques: le LPP de phénotype B de bas grade de malignité, le LPP-BGC et la GL.

Le lymphomes pulmonaires primitifs de phénotype B de bas grade de malignité

Le LPP de phénotype B de bas grade de malignité représente 60 à 90 % des LPP, il est développé presqu’exclusivement aux dépens du MALT [4]. Il représente 66 % des cas de notre série (six sur neuf). L’âge de survenue est d’environ 50 à 60 ans, 60 ans dans notre série, avec des extrêmes allant de 12 à 79 ans (37 à 72 ans dans notre série). Une prédominance féminine a été notée dans notre étude avec un sex-ratio: 1/5.

Les patients sont asymptomatiques dans 50 % des cas [5], cela a été le cas chez 40 % de nos patients. L’infection pulmonaire est souvent révélatrice (un cas dans nôtre série). Les signes généraux sont peu fréquents mais ils étaient rapportés par 50 % de nos patients.

La fibroscopie bronchique est habituellement normale ou montre un aspect inflammatoire de la muqueuse comme c’était le cas chez trois de nos patients avec des biopsies bronchiques négatives, imposant le recours à une biopsie chirurgicale. Les biopsies bronchiques et surtout transbronchiques sont d’autant plus rentables qu’elles sont réalisées sur des lésions endobronchiques ou guidées par des anomalies radiologiques [4]. Le diagnostic peut être également fait sur des biopsies transpariétales scannoguidées [6].

L’aspect radiologique est extrêmement variable [4, 5, 7]. On peut observer des condensations parenchymateuses, des masses, des micronodules, des nodules, des plages d’hyperdensité « en verre dépoli ». Ces lésions sont souvent multiples. Les masses et/ou les nodules de contours irréguliers sont les aspects scannographiques les plus fréquents, observés dans 60 à 72 % des cas dans les séries publiées. La condensation parenchymateuse peut être excavée ou le siège d’un bronchogramme. Elle était la manifestation la plus fréquente dans notre série. Les condensations étaient à bords convexes dans trois cas sur quatre avec constamment un bronchogramme aérique qui était dilaté ou distordu dans deux cas (Figure 5). Le bronchogramme dilaté au sein des condensations et au sein de nodules de LPP type MALT décrit en TDM et même sur l’examen anatomopathologique des pièces opératoires est attribué à un collapsus alvéolaire et à la destruction de parenchyme pulmonaire dans les régions péri-bronchovasculaires [7]. Par ailleurs, il a été rapporté, en plus de l’infiltrat lymphomateux, des lésions de pneumonie organisée, d’alvéolite non spécifique et même de fibrose [7]. Devant une condensation parenchymateuse évoluant sur le mode chronique, le diagnostic différentiel se pose avec la sarcoïdose, le sarcome de Kaposi et le carcinome bronchiolo-alvéolaire (KBA) [1]. Le signe du vasculogramme décrit dans le KBA n’est pas spécifique car observé aussi dans les LPP de type MALT comme c’était le cas de l’un de nos patients (Figure 6) [8].



Figure 5


Figure 5. 

TDM thoracique en fenêtre parenchymateuse : condensation parenchymateuse lobaire supérieure droite de contours bosselés siège d’un bronchogramme distordu. Lymphome pulmonaire primitif type MALT (observationno 1).

Zoom



Figure 6


Figure 6. 

TDM thoracique avec injection de PDC en fenêtre médiastinale: condensation parenchymateuse culminale siège d’un bronchogramme et d’un vasculogramme (flèches). Lymphome pulmonaire primitif type MALT (observationno 3).

Zoom

Selon les données des séries publiées, les adénomégalies médiastinales ou hilaires sont rares dans le LPP type MALT, généralement de taille centimétrique malgré une longue durée d’évolution [7, 9]. Dans notre série, cinq patients sur six avaient des adénomégalies médiastinales sur la TDM. Une seule patiente a bénéficié d’une médiastinoscopie qui a conclut à des ganglions réactionnels.

Un syndrome de Gougerot-Sjögren augmente significativement le risque de développer un lymphome non hodgkinien ganglionnaire ou extraganglionnaire [10]. La coexistence du syndrome de Gougerot-Sjögren avec le LPP est diversement rapportée [2, 6, 9, 11, 12, 13]. Une stimulation antigénique chronique comme celle observée dans un syndrome de Gougerot-Sjögren, favorise la survenue d’un lymphome type MALT, tel que nous l’avons observé chez l’un de nos patients.

Dans deux cas (observations un et six), l’examen anatomopathologique de la biopsie pulmonaire chirurgicale a révélé la présence, au sein de l’infiltrat lymphomateux, de dépôts amyloïdes de type AL fait de chaînes légères lambda. Dans un de ces cas, la présentation tomodensitométrique était atypique avec de multiples nodules tissulaires non calcifiés, de contours lisses prédominant dans les régions basales simulant des métastases pulmonaires sur un fond de « verre dépoli » (Figure 7 a et b). Nous pensons que cette présentation inhabituelle est celle d’une amylose pulmonaire nodulaire, associée à l’infiltrat lymphomateux qui est sous la forme d’un « verre dépoli » (Figure 7c et d). L’association LPP–MALT et dépôts amyloïdes localisés est rarement observée, moins de 1 % de LPP type MALT. Des études ont prouvé qu’au cours du lymphome type MALT, il existe une production de chaines légères kappa et lambda et de dépôts amyloïdes par les cellules lymphomateuses témoignant d’une différenciation plasmocytaire [6, 14, 15, 16].



Figure 7


Figure 7. 

a et b : TDM thoracique en fenêtre parenchymateuse : nodules pulmonaires bilatéraux périphériques de contours lisses et réguliers (flèches pleines) et plages diffuses de « verre dépoli » (flèche creuse). Lymphome pulmonaire primitif type MALT et amylose pulmonaire nodulaire associée (observationno 6) ; c : même patient, coupe histologique (coloration hématoxyline-éosine au grossissement ×40) : nodule pulmonaire centré par un abondant matériel amyloïde ; d : même patient, coupe histologique (coloration hématoxyline-éosine au grossissement ×100) : dépôt amyloïde (flèche) entouré par un infiltrat lymphomateux fait de petites cellules d’aspect centrocyte-like de phénotype B. Marquage des cellules tumorales avec l’anticorps anti-CD20 en immunohistochimie (en cartouche).

Zoom

Le bilan d’extension préthérapeutique du LPP type MALT nécessite une TDM thoraco-abdominopelvienne ainsi qu’une biopsie ostéomédullaire. La recherche d’un autre site muqueux doit comprendre un examen ophtalmologique, oto-rhinolaryngologique (ORL), une fibroscopie œsogastroduodénale et une coloscopie. L’évolution est généralement favorable avec une survie supérieure à cinq ans dans plus de 80 % des cas et une médiane de survie supérieure à dix ans [2, 3].

Le lymphomes pulmonaires primitifs-B diffus à grandes cellules

Il représente 11 à 19 % des LPP [7], 22 % des cas dans notre série. L’âge moyen de survenue est de 60 ans (57 ans dans notre série). Sa coexistence avec un lymphome de type MALT se voit dans 50 % des cas. Cela suggère qu’il peut être de novo ou secondaire à une transformation d’un lymphome à petites cellules de type MALT. Le LPP-BGC survient plus volontiers chez des malades immunodéprimés [4, 10]: HIV positifs, sous immunosuppresseurs, après transplantation d’organe (cœur/poumon) ou ayant un syndrome de Gougerot-Sjögren. Le virus Epstein-Barr a été impliqué dans la pathogénie de certaines formes de LPP-BGC.

Les patients sont souvent symptomatiques avec des symptômes respiratoires et généraux. Une altération de l’état général a été observée chez nos deux patients.

Contrairement au LPP type MALT, l’endoscopie bronchique est souvent anormale. Elle peut montrer un bourgeon endobronchique ou une sténose infiltrative d’allure tumorale. Le diagnostic histologique est en règle facile, porté sur des biopsies bronchiques. En anatomopathologie, ces tumeurs peuvent présenter des foyers de nécrose et un envahissement endoluminal bronchique, vasculaire ou pleural.

L’aspect radiologique le plus fréquent est celui d’une masse pulmonaire, souvent unique avec envahissement locorégional, ce qui a été noté chez nos deux patients (Figure 8a et b). Un vasculogramme au sein de la masse est parfois décrit. Un épanchement pleural est souvent associé, contrairement au LPP type MALT. Des opacités multiples et excavées sont fréquemment observées chez les patients infectés par le VIH [4]. Le diagnostic différentiel en imagerie se pose essentiellement avec le cancer bronchopulmonaire primitif et en particulier avec l’adénocarcinome. L’absence d’adénomégalies franchement tumorales contrastant avec la multiplicité des lésions pulmonaires et l’importance du volume tumoral chez des patients non tabagiques doit faire évoquer le diagnostic de LPP-BGC. L’évolution est moins favorable que celle du LPP de bas grade. La médiane de survie (en dehors d’un terrain débilité) est d’environ huit à dix ans. Les progressions ou les rechutes locales ou à distance sont plus précoce et plus fréquentes que dans les LPP type MALT [4].



Figure 8


Figure 8. 

a : TDM thoracique avec injection du PDC en fenêtre médiastinale : masse lobaire inférieure droite envahissant l’espace infra-médiastinal postérieur (flèche) avec épanchement pleural homolatéral. Lymphome pulmonaire primitif à grandes cellules de haut grade de malignité (observationno 7) ; b : même patient, TDM thoracique avec injection du PDC en fenêtre médiastinale et reconstruction sagittale : la masse lobaire inférieure droite envahit aussi le diaphragme (flèche).

Zoom

La granulomatose lymphomatoïde

La GL est très rare, moins de 3 % des LPP. L’âge de survenue est de 30 à 50 ans. Les patients sont symptomatiques dans 90 % des cas, présentant des signes généraux et respiratoires. Des manifestations extrapulmonaires peuvent être associées telles que des signes cutanées, neurologiques et ORL. L’aspect radiologique le plus fréquemment observé est celui de nodules ou masses multiples, de distribution péri-bronchovasculaire, parfois confluents, de 0,5 à 10cm, prédominant aux bases, dans 68 à 95 % des cas. Ces nodules peuvent s’excaver, disparaître ou migrer spontanément. Les nodules uniques, les opacités alvéolaires et les atteintes réticulonodulaires bilatérales sont moins fréquentes (5 à 30 % des cas) [4]. Dans notre cas, la présentation TDM était atypique. Il s’agissait d’une pneumopathie infiltrante diffuse faite d’un épaississement septal et de « verre dépoli » avec signes de fibrose (Figure 9), simulant une pneumopathie interstitielle commune. Un épanchement pleural liquidien ou aérique est rarement associé (5 %). Les adénomégalies médiastinales sont présentes dans 25 % des cas, observées dans notre cas [2].



Figure 9


Figure 9. 

TDM thoracique en fenêtre parenchymateuse : plages en « verre dépoli » sous pleurales du lobe inférieur droit et de la lingula siège de bronchiolectasies (flèches). Granulomatose lymphomatoïde (observationno 9).

Zoom

Le diagnostic différentiel de la GL peut se poser, devant les nodules excavés multiples, essentiellement avec une granulomatose de Wegener ou une sarcoïdose nécrosante, avec les métastases de cancers (ORL, col utérin, testicule, choriocarcinome), les métastases septiques (endocardite), la tuberculose et l’infarctus pulmonaire [2, 4, 12].

Une IRM cérébrale est pratiquée systématiquement en cas de GL à la recherche d’une atteinte neurologique associée.

Le mode évolutif de la GL est variable avec quelques cas rapportés de régression spontanée ou de rémission prolongée sous corticothérapie associée ou non à une chimiothérapie et des cas de chimiorésistance avec transformation vers un lymphome de haut grade. Cependant, et dans la plupart des cas, le pronostic est mauvais. La médiane de survie des patients est de l’ordre de quatre ans [4, 17].

Conclusion

Les LPP sont des tumeurs rares. Ils posent souvent le problème du diagnostic de malignité et du caractère primitif pulmonaire. Les aspects radiologiques sont polymorphes et aucun aspect radiologique n’est spécifique. C’est le lymphome de type MALT qui pose le plus de problème de diagnostic quand le tableau clinique est faussement rassurant et que les biopsies bronchiques ne permettent pas de faire le diagnostic. L’aspect de condensation parenchymateuse prédomine dans notre série, avec une évolution chronique dans la moitié des cas. Dans ces cas, la TDM permet de suspecter fortement le diagnostic et incite à réaliser la biopsie chirurgicale.

Conflit d’intérêt

Les auteurs ont déclaré n’avoir aucun conflit d’intérêt potentiel en rapport avec ce manuscrit.

Références

Lewis E.R., Caskey C.I., Fishman E.K. Lymphoma of the lung: CT findings in 31 patients AJR Am J Roentgenol 1991 ;  156 : 711-714
Wislez M., Bernier C., Antoine M., Cadranel J. Lymphome pulmonaire  Pneumologie Encycl Med Chir Paris: Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS (2002). [6-002-H-05, 9 p, Tous droits reservés].
Kim J.H., Lee S.H., Park J., Kim H.Y., Lee S.I., Park J.O., et al. Primary pulmonary non-Hodgkin’s lymphoma Jpn J Clin Oncol 2004 ;  34 : 510-514 [cross-ref]
Cadranel J., Wislez M., Antoine M. Primary pulmonary lymphoma Eur Respir J 2002 ;  20 : 750-762 [cross-ref]
Giménez A., Franquet T., Prats R., Estrada P., Villalba J., Bagué S. Unusual primary lung tumours: a radiologic-pathologic overview Radiographics 2002 ;  22 : 601-619
Borie R., Wislez M., Thabut G., Antoine M., Rabbat A., Couderc L.J., et al. Clinical characteristics and prognostic factors of pulmonary MALT lymphoma Eur Respir J 2009 ;  34 : 1408-1416 [cross-ref]
Wislez M., Cadranel J., Antoine M., Milleron B., Bazot M., Mayaud C., et al. Lymphoma of pulmonary mucosa-associated lymphoid tissue: CT scan findings and pathological correlations Eur Respir J 1999 ;  14 : 423-429 [cross-ref]
Shah R.M., Friedman A.C. CT Angiogram Sign: incidence and significance in lobar consolidations evaluated by contrast-enhanced CT AJR Am J Roentgenol 1998 ;  170 : 719-721
Au V., Leung A.N. Radiologic manifestations of lymphoma in the thorax AJR Am J Roentgenol 1997 ;  168 : 93-98
Smedby K.E., Vajdic C.M., Falster M., Engels E.A., Matinez-Maza O., Turner J., et al. Autoimmune disorders and risk of non-Hodgkin lymphoma subtypes: a pooled analysis within the interlymph consortium Blood 2008 ;  111 : 4029-4038
Ito I., Nagai S., Kitaichi M., Nicholson A.G., Johkoh T., Noma S., et al. Pulmonary manifestations of primary Sjögren syndrome Am J Respir Crit Care Med 2005 ;  171 : 632-638
Carette M.F., Bazot M., Khalil A., Tassart M., Chopier J., Le Breton C., et al. Imagerie thoracique des lymphomes Feuillets de Radiologie 1997 ;  38 : 184-197
Lee K.S., Kim Y., Primack S.L. Imaging of pulmonary lymphomas AJR Am J Roentgenol 1997 ;  168 : 339-345
Davis C.J., Butchart E.G., Gibbs A.R. Nodular pulmonary amyloidosis occurring in association with pulmonary lymphoma Thorax 1991 ;  46 : 217-218 [cross-ref]
Kawashima T., Nishimura H., Akiyama H., Hirai K., Yamagishi S., Okada D., et al. Primary pulmonary mucosa-associated lymphoid tissue lymphoma combined with idiopathic thrombocytopenic purpura and amyloidoma in the lung J Nippon Med Sch 2005 ;  72 : 370-374 [cross-ref]
Dacic S., Colby T.V., Yousem S.A. Nodular amyloidoma and primary pulmonary lymphoma with amyloïd production: a differential diagnostic problem Mod pathol 2000 ;  13 : 934-940 [cross-ref]
Moudir-Thomas C., Foulet-Roge A., Plat M., Kaswin R., Lepic P., Solal-Celigny P., et al. Efficacité du Rituximab au cours d’une granulomatose lymphomatoïde Rev Mal Respir 2004 ;  21 : 1157-1161 [inter-ref]



© 2010  SPLF. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.